Festival International du Film d’Animation d’Annecy : l’IA générative assoiffe les travailleureuses

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Nous vous remercions pour votre soutien à la lutte contre la destruction des métiers du film d'animation et contre la banalisation des IA génératives dans notre quotidien!

Le festival d’Annecy a vu, durant son édition 2025, une coalition de 27 syndicats venus de 8 pays différents, se retrouver autour d’un refus de la banalisation des IA génératives dans la production des films d’animation, que ce soit à l’échelle française, européenne ou internationale. Que décide d’organiser le festival l’année suivante ? Son premier think tank dédié à l’IA doublé de six conférences dédiées à cette technologie, durant lesquelles représentant·es de studios et vendeur·euses d’intelligence artificielle générative vont pouvoir échanger sur leur implémentation dans nos métiers. Tout en rappelant que celle-ci doit être “éthique” sans savoir ce que recouvre ce terme.

Pourtant, le film d’animation traverse une crise mondiale, multifactorielle et durable. Les salarié·es, scénaristes et comédien·nes sont précarisé·es, perdent leur emploi, et l’IA participe à cette fragilisation de nos métiers. Elle les pervertit même, retirant l’artistique, l’expression humaine, du cœur de notre travail pour faire de nous des retoucheurs de prompts. Elle plagie notre travail pour fonctionner, sans notre consentement et sans rémunération des artistes dont elle dépend pour s’entraîner. Le seul intérêt des producteurices à l’utiliser, c’est la réduction des coûts, ceux des travailleureuses, qui sont le cœur de la profession.

Comble de cette fuite en avant, la planète traverse une crise écologique sans commune mesure, et l’IA consomme des quantités d’eau et d’électricité si importantes que les data centers abîment l’accès à l’eau de communautés entières, et font exploser les besoins énergétiques des États. Par ailleurs, les data centers, à la durée de vie très réduite, sont excessivement gourmands en métaux rares, au point qu’ils ont fait exploser le marché du hardware et ont créé une bulle inflationniste des composants informatiques.

Le monde est en proie aux régimes autoritaires et violents, et les principaux modèles d’IA générative sont développés par des magnats de la Silicon Valley aux pratiques ultra-libérales, voire fascisantes et néo-nazies. Développer des IA et data centers souveraines n’est pas non plus une solution: en France, les entreprises comme Mistral et Genario calquent leur fonctionnement sur leurs modèles d’Outre-Atlantique, et n'offrent pas plus de transparence ou de viabilité sur le long terme que ces derniers.

L’IA générative n’a d'intelligente que le nom : elle participe à la perte de savoir des personnes et des professionnel·les, hallucine des réponses, invente des informations, et complique en cela le travail des salarié·es passant derrière elle pour corriger. Elle est cependant tout à fait artificielle : c’est une bulle économique alimentée par les GAFAM et Nvidia, qui dépend des financements publics pour survivre et n’est aucunement rentable. 

Dans ce cadre, comment comprendre la démarche du festival d’Annecy qui semble accueillir à bras ouverts cette technologie écocidaire et libertarienne en se parant du voile de la neutralité ? Comment le festival censé célébrer la beauté et la diversité du film d’animation peut organiser un think tank dédié à l’IA générative et un ensemble de conférences et présentations lui déroulant le tapis rouge, sans inviter les premier·es concerné·es : les artistes-technicien·nes et leurs syndicats ? Est-ce ça, la vitrine de l’animation mondiale et française ? 

En France, les syndicats de salarié·es du film d’animation français planchent depuis plusieurs mois sur un encadrement précis des usages de l’IA générative dans la production du film d’animation, pour protéger les artistes-technicien·nes. Leurs camarades scénaristes, et comédiens·ennes de doublage luttent également en ce sens. Les syndicats américains et d’autres pays tentent encore de restreindre le déferlement de l’IA générative dans nos métiers. Nous demandons, en tant qu'artistes-technicien·nes, réalisateurices et auteurices, au Festival International du Film d’Animation d’Annecy, via son organisateur CITIA, ainsi qu’à chacune des institutions influentes du secteur, de clairement se positionner sur l’IA générative, dans nos métiers et au-delà, pour protéger concrètement la création humaine et la planète qui la supporte.

Non, les artistes ne choisissent pas d’utiliser l’IA, iels sont inquiet·es de son utilisation et  réfractaires à celle-ci, parfois forcé·es de l’utiliser pour ne pas perdre leur emploi. Non la situation n’est pas comparable à l’avènement de la 3D et des ordinateurs, qui s’insérait dans un contexte de développement incomparable à celui de l’IA que nous venons de mentionner.  Nous tenons également à rappeler que la ministre de la Culture Catherine Pégard a précisé, durant le festival de Cannes, que « aider la création, c’est aider la création humaine » via un soutien financier du CNC réservé à des œuvres créées par des auteurices, et non par des IAG. Nous ne pouvons que partager le constat et soutenir le chemin vers une pénalisation des œuvres qui utiliseraient de l’IAG dans leurs productions.