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Nous sommes actuellement en train de subir une grave crise climatique, clairement identifiée et prévue depuis les années 1970 [1]. Aujourd’hui, pour y faire face, il suffirait, selon certains, d’électrifier nos usages et de produire cette électricité avec des moyens décarbonés. La production photovoltaïque en ferait partie.
Sauf qu’en France, on considère que le photovoltaïque émet 43g CO2e par kWh produit [2]. Ce qui est plus que le mix énergétique français actuel en moyenne sur 24h (22gCO2e/kWh, [3]) et encore plus si le calcul était fait uniquement sur le temps où le solaire produit. Autrement dit, l’électricité photovoltaïque augmente l’empreinte carbone du mix français. Cependant, on pourrait lui attribuer l’avantage de réduire les déchets nucléaires.
Sous couvert de décarboner, nous assistons désormais à la course à la production photovoltaïque. Une course poursuivie par l’ensemble des acteurs de la production énergétique, une course désormais sans limite. En effet, on assiste depuis quelque temps au développement de projets en dehors des zones déjà fortement urbanisées.
Que l’on profite de la structure existante d’un bâtiment pour installer des panneaux photovoltaïques, cela s’entend. Que l’on vienne impacter des milieux naturels, des surfaces agricoles, d’anciennes carrières ou des décharges, c’est trouver une solution à un problème mal posé, en ne se préoccupant que des seules émissions de gaz à effet de serre. Au-delà du seul dérèglement climatique, nos activités humaines mettent en péril la biodiversité. Que ce soit au travers des pollutions (lumineuse, plastique, chimique,…) ou de l’expansion continue des zones artificialisées. L’index de référence, Planète Vivante, présente un déclin de 73 % des populations animales ou végétales depuis 1970, avec une tendance à l’accélération. Quand une 6ème extinction de masse semble se profiler, les milieux naturels doivent le rester à tout prix. Les surfaces artificialisées comme les carrières ou les décharges doivent être réhabilitées et rendues à la nature.
Le CNPN lui-même recommande de cesser le déploiement de centrales photovoltaïques sur les espaces semi-naturels, naturels et forestiers [4]. Dans un document cadre, la chambre d'agriculture de l’Aveyron, la DDT, le Conseil départemental, les représentants des élu.es, la préfecture et des associations indiquent « qu’aucun projet agrivoltaïque ne sera étudié sur les pelouses sèches et milieux associés [ainsi que sur] les surfaces destinées à l’élevage, les zones d’estives, les prairies naturelles, prairies artificielles, les zones boisées » [5].Quand bien même l’ADEME [6] estime qu’il y a assez de surface en toiture pour couvrir le scénario énergétique tout renouvelable de RTE [7], par souci de rendement économique, il semble plus rentable d’installer les panneaux au sol que sur les toits. Sauf que la nature ne sait pas négocier son prix, ce qui fausse quelque peu le calcul de rentabilité.
On lit régulièrement que le photovoltaïque permettrait de rémunérer les agriculteurs. Ce qui les aiderait réellement, ce serait de les rétribuer correctement pour ce qu’ils font (assurer notre alimentation de qualité et contribuer à maintenir des écosystèmes vivants) tout en leur évitant de s’empoisoner. Quand l’avenir de notre agriculture est incertain, les surfaces agricoles doivent rester indemnes. Si elles sont abandonnées, c’est souvent à cause d’une notion de productivité liée à l’agro-industrie, à la mécanisation à outrance. Le retour d’une agriculture paysanne, que l’on ne peut qu’espérer, ne peut se faire au milieu de ce qui aura été un champ photovoltaïque (tassement des sols, pollutions aux plastiques et métaux, gravats, bris de verre,...). Si les terres sont exploitées, la présence de panneaux photovoltaïques perturbe, ce qui décroît les rendements, comme le montre l’étude interne de l’industriel du photovoltaïque Sun’Agri [8]. La croissance des végétaux est moindre (plus faible ensoleillement, écoulement des eaux perturbé entraînant un assèchement global,…), la présence d’herbivore pour entretenir est un mythe car ces animaux délaissent certains végétaux, ce qui nécessite le passage dans tous les cas de machines pour l’entretien.
Pour finir, la seule production d’énergie d’intensité bas carbone et à impact limité sur les autres plans environnementaux, ne saurait suffire à nous sortir de l’impasse. Le levier le plus efficace reste, de loin, de moins consommer : la meilleure énergie est celle que nous économisons. C’est non seulement le levier où il y a le plus de marge à gagner mais c’est aussi le levier le plus facile à mettre en œuvre, disponible dès qu’on décide de l’activer.
Nous nous adressons donc à vous en tant qu’acteurs de l’ESS (Économie Sociale et Solidaire [9]), un mode d’entreprendre qui se préoccupe en premier lieu de son utilité sociale et/ou environnementale et place l’humain avant le profit au cœur de leur fonctionnement. Pour pallier au risque d’endommager encore un peu plus une biodiversité cruciale à notre survie, pour s’éviter de développer des projets guidés par la seule loi du marché, nous vous demandons donc de prendre ces deux engagements :
Ne pas envisager de nouveau projet photovoltaïque en dehors des zones artificialisées (et en activité) : toitures, parkings. Laissez le soin à d’autres, moins regardants sur les impacts environnementaux et sociaux de s’attaquer aux autres zones. Nous et nos enfants ne se priveront pas de les en accuser et de leur demander justice.
Consacrer une part significative de vos activités à la réduction drastique de la consommation de vos clients, adhérents, souscripteurs, producteurs, partenaires,… ou de vous assurer que ce soit fait par un tiers compétent. Les efforts actuels restant anecdotiques et leurs résultats n’étant pas dans le bon ordre de grandeur,
Loin de nous de repousser le problème de l’énergie photovoltaïque aux autres types d’énergies, au contraire. Il s’agit d’avoir la même approche, que ce soit pour la production d’énergie à partir du vent, des vagues, du bois, des exploitations agricoles (que ce soit par méthanisation ou pour produire des agro-carburants). Il s’agit de s’affranchir de l’énergie nucléaire qui est certes bas carbone mais qui pollue de manière irrémédiable par ses déchets sur le court, moyen et très long terme. Il s’agit de trouver des mesures efficaces, en prenant les enjeux environnementaux et sociaux dans leur ensemble plutôt que de trouver un optimum local en se focalisant sur le seul critère des émissions de gaz à effet de serre, au risque de faire aussi mal si ce n’est de déplacer le problème, voire d’empirer l’habitabilité de notre planète.
Les signataires
Le photovoltaïque sur les toits, pas dans les bois.
Références :
[1] Source Total: revue Total Information n°47 de 1971, « La pollution atmosphérique et le climat » https://reporterre.net/IMG/pdf/total_information_no47_1971_la_pollution_atm_et_le_climat.pdf
[2] Source RTE: https://analysesetdonnees.rte-france.com/bilan-electrique-2024/emissions#Productiondecarbonee
[3] Source RTE : https://assets.rte-france.com/analyse-et-donnees/2025-03/BE2024%20-%20Chapitre%20Émissions.pdf
[5] https://ccaves.org/blog/wp-content/uploads/241220-Document-cadre-CA12-complet-V1.pdf
[6] https://solairepv.fr/quel-est-le-potentiel-pour-le-pv-solaire-en-france-les-toitures/
[7] RTE page 236 https://assets.rte-france.com/prod/2022-06/Futurs%20%C3%A9nerg%C3%A9tiques%202050%20_%20rapport%20complet.zip
et https://www.revuesilence.net/IMG/pdf/sunagri2023.pdf
[9] Définition de l’ESS, économie sociale et solidaire : https://www.economie.gouv.fr/ess